La Piscine Châtillon en Diois
Il était une fois l'histoire de la piscine de Châtillon en Diois 1949‑2025
Enfin, le grand bassin… ! Un petit bassin pour une goutte d’eau, mais une grande histoire pour le village de Chatillon Diois. Le maire du village Maurice Bompard cherchait une idée pour développer son village, il rêva un soir d’une piscine Olympique. Il en parla autour de lui, mais quelques gens tatillons, lui ont objecté : « Mais enfin, est‑ce que l’affaire sera rentable ? » Nous n’avons même pas répondu. Une œuvre d’intérêt général peut ne rien rapporter dans l’immédiat. À longue échéance, elle paie toujours. Mais ça n’a pas commencé comme ça ! Le 31 octobre 1949, la délibération du conseil municipal de Châtillon en Diois vote la construction d’une piscine. Si l’on sait s’amuser à Châtillon, on sait y travailler aussi. Elle a son histoire, cette piscine. Un : Outre Monsieur Bompard, Monsieur Blain son adjoint et Monsieur Woerner président du syndicat d’initiative connaissaient le projet depuis longtemps. Monsieur Troquemé, l’ingénieur des Ponts et Chaussées résidant à Die, puis son successeur Monsieur Faure en avaient dessiné les plans, et établi les devis. Les dépenses envisagées montaient à plus de 5 millions. On pouvait compter sur 50 % de subventions de l’État, et sur 500 000 francs du département. Restait tout de même un peu plus de deux millions à débourser. Nous avions beau avoir quelques économies, ce n’était pas suffisant. Deux : nous avons eu de la chance : les pins des forêts communales ont été menacés de la maladie. « Vous appelez cela de la chance ? ‑ Mais oui, parce que jusque‑là les Eaux et Forêts nous avaient refusé le droit d’y pratiquer des coupes. Quand les inspecteurs ont vu les arbres légèrement roussis, signe que la maladie les menaçait, ils nous ont donné l’autorisation d’exploiter. Aussi quand nous avons mis en train les travaux les envieux nous ont demande, avec un petit sourire jaune «Alors, vous avez contracte un emprunt ? «Nous avons répondu « Non. Et, quand tout sera fini, la commune ne devra un sou à personne ! » Trois : 35 gars se sont relayés, jour et nuit pour couler d’une pièce une cuve étanche de béton longue de 25 mètres sur 12 mètre de large, nécessitant cinq tonnes de fer et 110 tonnes de ciment. Aussi toute l’équipe a‑t‑elle applaudi quand Jacques, l’un des nôtres, que nous appelons familièrement « le petit Jacques » s’est jeté à l’eau lors des essais d’étanchéité et y a pris le premier bain... » Le 26 août 1955, le Ministre Maurice Pic a inauguré la piscine olympique, au cours d’une magnifique fête nautique sportive et artistique. Pendant ces festivités, on se souvient d’avoir vu nager le
Emma Muntaner
« On ouvre, on écarte et on referme, on ouvre, on écarte et on referme... » La voix de Pascal qui s’extrait du brouhaha de la piscine résonne encore 21 ans après mon premier cours de natation à Châtillon‑en‑Diois. Drôle de fil rouge de ma vie. Presque rassurant. Je crois que cette piscine fait partie des lieux qui m’ont vu grandir... et qui m’ont fait peut‑être grandir ? Je me souviens des cours dans le petit bassin et du passage au grand bassin, le bassin des grands, où je peinais à avoir pied du bout de mes orteils, quelle aventure c’était ! Pour me familiariser avec cette nouvelle profondeur, Pascal m’invitait à aller chercher ses clés au fond du bassin. À l’époque, je pensais que si je n’y arrivais pas, Pascal n’aurait plus de clés !! Alors j’y allais, mon courage entre les mains, et donnait tout pour les lui rendre saines et sauves.
Je me souviens des cours de natation que j’ai assidûment suivis jusqu’à ce que sortir le soir avec mes amis ne me permette plus de promettre ma présence le lendemain matin... Enfiler la combinaison encore humide, grimacer, pas encore tout à fait réveillée, plonger dans le grand bain et là ressentir encore la joie que me procure le fait d’être dans l’eau, en mouvement. Le matin, plaisir de cet enchaînement : crawl, brasse, dos crawlé, pull‑boy, plongeons, et l’après‑midi la joie immense d’être libre de faire ce que je veux : le poirier, des roulades à en avoir mal à la tête, des bombes, des I, la sirène bien sûr, le toboggan (installé un peu plus tard), sans oublier de faire un string avec son maillot pour aller plus vite, évidemment. Retrouver mes amis d’enfance, chaque après‑midi, supplier les parents pour aller s’acheter des bonbons et les déguster entre deux bombes dans la piscine. Il y avait des arbres avant, à la place du préau.
Je me souviens avoir été très triste de leur disparition. Heureusement, le point de vue sur les montagnes qu’offre ce lieu n’a jamais disparu. Je ne sais pas si ça existe ailleurs une piscine aussi belle.
Puis il y a eu l’adolescence, aller à la piscine qu’avec mes amis, dire mon nom timidement à l’entrée, espérer qu’il reste des places sur la carte familiale pour ne pas avoir à faire un aller‑retour au village, ouf ça passe toujours. Plus de poirier ni de roulades, place au bronzage, lectures et papotages entre amis. Être fière de ressembler enfin aux filles qu’enfant je regardais en me disant : un jour ce sera moi et mes copines. Tout ça en étant traversée par l’appel des roulades et de l’enfance duquel je m’éloignais petit à petit... Repérer les mecs du camping, s’émerveiller devant leur salto arrière, et parler de la vie et des garçons des heures durant face à la montagne. Demander un peu de sous pour un nuggets frites à midi avec les copains au snack de la piscine quand c’est autorisé par les parents, bien sûr. Un air de liberté qui commence à naître. Je crois que cette piscine fait partie de mes lieux préférés au monde.
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C’est peut-être la première fois que nous autres, habitués, rentrons dans cette piscine comme spectateurs sans exécuter ces pas qui mènent à la serviette, puis à la douche, puis au bain. Quel sentiment de subversion que de venir déranger l’eau qui dort la nuit… Passé le pédiluve, c’est un temps en suspend qui s’éprouve, un temps qui donne le ton à cette performance, une suspension qui fait dors et déjà écho à l’apesanteur, à priori identique à celle ressentie dans le bassin. C’est toutefois un autre bain qui nous attend qui n’est autre qu’un bain de sens. Sonore d’abord, visuel ensuite, olfactif aussi - l’odeur de chlore ne prenant pas de congé à la nuit tombée vient visiter les spectateurs- mais aussi interoceptif puisqu’il vient convoquer chez chacun des éprouvés, des sensations, une phénoménologie de l’intime qui, au fil de la soirée, s’inscrit dans l’universel que cette piscine contient.
Enfin la piscine est à l’honneur ! Celle qui est parfois méprisée, inégalable à l’immensité de la mer… Enfin la piscine trouve une place, sa place, enfin nous pouvons la célébrer. Il faut se rendre à l’évidence, la piscine de Châtillon saisit ce qu’il y a de plus universel au coeur des villageois et de celles et ceux ayant adopté ce lieu si précieux.
Pas évident de croire qu’une piscine détient le pouvoir de susciter autant d’effets, elle qui pourrait avoir tout à envier à la mer. Le pouvoir de l’eau reste pourtant le même, n’est-ce pas de l’eau dont on parle ici finalement ? N’est-ce pas davantage une histoire de sensations, de ce que l’eau nous permet d’expérimenter ?
Fil rouge de cette performance vers lequel tendent les artistes, l’eau s’articule aux différentes créations et fait l’éloge du mouvement, de l’improvisation, de l’incertain nous contenant alors un temps dans cette plongée sensorielle. S’articule alors une création qui agit dans l’instant, qui se crée au fil de l’eau, et fait résonner son mouvement, sa nature changeante, et sa vitalité. Celle-ci vient saisir le spectateur et vient faire écho à ce que nous éprouvons dans le bassin. N’est-ce donc pas dans l’eau que nous sommes traversés par le luxe de nous laisser porter par ce qui se joue là maintenant ? N’est-ce pas ce que l’on fait lorsque l’on nage : avoir l’intention du geste, tout en se laissant porter par le mouvement de l’eau. À cette image se superpose le peintre qui, après l’intention du mouvement, observe ce qui se joue sur la toile lorsque l’eau rentre en contact avec la matière, sans savoir ce qu’il va produire. Tout se passe comme si la performance intégrait de fait le spectateur, lequel est alors contraint de s’y inscrire, de laisser émerger ce qui se joue chez lui en direct. Celui-ci se retrouve invité à habiter la scène, à observer surgir en lui des sensations qui viennent s’imprimer dans l’intime vécu par tous et toutes.
Retraçant tout au long de cette soirée l’histoire de l’eau, ce qu’elle permet, ce qu’elle représente, c’est le mouvement ici qui semble
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