Patrick Pleutin
textes
Croquis cartographiques
 
Galerie Michel Journiac, Paris, mai 2017
Croquis / cartographie - croquis cartographiques : un assemblage de mots Dessins, esquisse rapide, épure, ébauche, plan, planifier l’espace, rendre plan géographie, carte, voyage, rêverie, localisation, repères spatiaux, territoire, identifier, identité territoriale, cartographie technique de l’établissement du dessin et de l’édition de cartes, limites, définit et déterminé un territoire, cartomancie, cas, crime, délit, lien, relation, limite, ponctuation de territoires… Des ébauches, des esquisses rapides? Des cartes, plans, images, photographies, performances? Des transpositions conceptuelles? Ici les termes croquis et cartographiques, qu’ils soient titre, mots clé ou suggestions notionnelles, œuvrent mécaniquement et processuellement dans cette proposition d’exposition. Ils œuvrent pour créer des trajectoires dans l’espace de la galerie, ils œuvrent comme des lignes de fuite et des incitations pour disparaître dans les lignes des propositions, des systèmes de notation de notre rapport au monde. Une constellation de propositions et des invitations. Car ici les artistes s’invitent mutuellement pour penser cette richesse de la cartographie de notre rapport au monde sensible. Les dessins de Patrick Pleutin de l’intérieur des grottes de Bâmiyân qui se trouve tout à coup projeté sur la transparence des vitres de la galerie, laissant une ligne autonome envahir et cerner des espaces dans les ombres projetées qui pénètrent le lieu. Le relevé au sol d'Une écriture idéographique, Un dictionnaire, de Yona Friedman sous forme d'un jeu de cubes proposé par Jean-Baptiste Decavèle agit en projection de la cartographie expérimentée et imaginaire des grottes de Bâmiyân : « il n'y a pas de transcription possible des territoires sans un rapport au langage. Ce qui lie la carte au dictionnaire, c'est l'analogie, il y a une analogie de la reconnaissance ». Des traductions, transcriptions pour déchiffrer le monde, libres de déposer les cadres et de multiplier leurs mouvements.
 
Au départ il y a une part de jeu du peintre d’intervenir directement sur la cartographie et le paysage meurtri des bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, une inspiration stimulée par les vides, la mémoire des volumes, des sculptures, des peintures, des réseaux labyrinthiques des grottes. Sa part de création est au service de la mémoire du lieu mais en aucun cas asservie à cette mémoire. Elle participe de l’inventaire des lieux mais sans en être un relevé scientifique et sans se présenter comme une des clefs de lecture des vestiges. Elle invente une relecture du lieu avec le lieu et pour le lieu. Humblement mais sans l’illustrer ou le reconstituer. D’où une modestie des moyens : – un pot de noir, un pot de blanc et de la terre, matériau organique du lieu, – une plaque de verre, véritable ouverture à l’intérieur, champ transparent qui joue sur la porosité et sur le hors champ et interroge la totalité de l’espace extérieur à la plaque, – un châssis de bois fabriqué sur mesure par les artisans menuisiers avec leurs techniques vernaculaires. Ce dispositif lui permet de créer in situ des peintures fantômes, uniquement captées par le numérique ( capteurs numériques de caméra, de l’appareil photographique et de l’Iphone.). Ce travail est soumis à l’effacement car c’est retrouver le sens profond du passage du temps, de la fragilité, de l’éphémère, notions auxquelles nous renvoie l’érosion de lieux si grandioses. «La grande majorité des croquis cartographiques dessinés par les hommes ont rarement survécu aux contextes immédiats de leur réalisation. Ils naissent généralement dans un contexte d'histoires orales (...) Les lignes d'un croquis cartographique reconstituent des gestes de voyage déjà éprouvés, dont les points de départ et d’arrivée, déjà connus, ont une histoire d'allées et venues. (...) Ce sont des lignes de mouvement. Le « mouvement de la ligne » retrace votre propre « marche » dans l'espace réel. C'est pourquoi les croquis cartographiques ne sont généralement pas entourés de cadres ou de limites.» Tim Ingold
Technique : Peinture blanche (Posca) qui retrace directement sur vitrines de la galerie mon parcours-mémoire et performatif de la cartographie des réseaux labyrinthiques des grottes des bouddhas de la vallée de Bāmiyān en Afghanistan lors de ma résidence Insitu fin août 2016.
 
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